Tronches de vie
Condé Concession, l'histoire d'un quartier Août 01, 2020
Valorisation et préservation du patrimoine humain et culturel, par la pratique de la photographie et du théâtre. Projet impliquant des jeunes et les habitants du quartier, rencontres intergénérationnelles et culturelles.
Projet porté par Stéfan Grippon, (photographe) lien vers : site officiel

Maxime Payet
« Le maloya est né là. Moi j’étais un militant communiste. Le maloya est né là dans ma case, là derrière.
Firmin Viry, Simon tous ceux qui ont dressé le maloya, c’est moi qui ai acheté la peau de bœuf pour faire rouleur a tèr la.
Et puis quand il y avait la fête, la fête Témoignage là, on chantait du maloya. Ici on s’appelait le groupe Résistance, la cellule Résistance. Les gendarmes tout le temps était devant la porte pour… La répression si tu veux bien.
Condé, La ville sans loi. »

Maximilien Ivoula
« Tant qu’on était petit on dormait sœur frère avec et mon père et ma mère, plus les petits derniers, dormait ensemble.
Et quand on avait 10 ans on a fait un petit magasin dehors alors les garçons il fallait dégager. Là on dormait dehors dans une petite case en roche avec un peu de paille.
c’était comme un petite case où on mettait les manger de cochon. On avait un lit dedans et ça c’était pour les garçons. Voilà c’était comme ça. »

Bernadette Vayaboury
« J’ai quatre filles, il me reste trois garçons. J’ai plein de marmaille autour de moi. J’ai plein de petits enfants, j’ai 19 petits-enfants. 3 petits-enfants sont décédés. Et j’ai aussi des arrières petits-enfants 21 ou 22 je crois
Mon plus grand rêve ? Bah mon rêve c’était de travailler pour gagner de l’argent. Moi je n’ai jamais été à l’école alors quand j’ai gagné mon contrat de femme de ménage j’étais contente.
Peut-être que si j’avais été à l’école j’aurais eu des rêves.
Ma petite case est malheureuse, c’est pas une belle maison. Vous avez vu comment elle est. Mais elle est propre seulement : elle est vieille, elle est vilaine mais la propreté il y en a ! »

Christian Huet
« Je sais pas depuis combien de temps mon père a commencé. Quand je suis né il faisait déjà ça
Et maintenant je travaille avec mon fils. Je sais pas si il va reprendre l’activité, j’aimerais bien. Il est un peu motivé quand même.
Les fauteuils ancien, lontan ils étaient plus solide que maintenant, les gens ils refaisaient.
Mais maintenant les fauteuils dans les magasins ça coûte pas trop cher alors les gens ils préfèrent jeter et racheter. »

Jean-Claude Grace
« Les points d’eau c’était pas un loisir, c’était une vie pour nous, c’était un travail en même temps. On charroyait de l’eau pour les parents, Pour laver le linge, pour faire cuire à manger, tout ça. Il y avait point de l’eau.
Une corvée obligatoire parce que si on a pas d’eau pour boire ou pour faire cuire le manger c’est pas pareil. Quand la pluie tombait ça va mais quand la pluie tombe pas : obligé de courir à droite à gauche pour gagner de l’eau. Je partais des fois avec deux seaux. Un takon en travers et un fer blanc de chaque côté. On avait des fer blanc de 20 / 30 litres au moins. »

Jérome Payet
« Avant on nous comparait souvent : Condé concession c’est Ligne des bambous. Et nous les anciens de Condé on s’est toujours battu pour dire Condé concessions, c’est Condé concessions
Et c’est pour ça, après quelques années de … comment dire… de discussions, la municipalité de Saint-Pierre a décidé de nous mettre comme un quartier à part entière. Condé concession, on aura bientôt notre mairie et il y aura des infrastructures comme les autres quartiers de Saint-Pierre. »

Jean-Claude Jacquenet
« Falé moin sa coupe kane pour gagn un petite monnaie. Le samedi, le dimanche. La semaine je travaillais dans le bâtiment. Samedi, dimanche aller coupe kane.
Té pas facile, ah oui té pas facile.
Avant moin l’a coupe cannes longtemps, longtemps, ah oui. Pour faire grandir le petit si ou veux. »

famille Fresnal
Patrick : « Toi tu as vu le passage du verger aux cases et moi j’ai vu le passage où les parcelles des gens se sont restreintes
c’est passé de case créole à des bâtiments plus en béton.
quand on était petit, les murs n’était pas forcément aussi hauts. »
Henri : « C’est vrai qu’on a vu les murs se lever, des murs de 2 m, c’est regrettable. Ça veut dire qu’il y a moins de communication avec les personnes, les gens du quartier. Maintenant on se voit on dit bonjour mais avant on s’arrêtait et à travers le mur on parlait. C’est quand même regrettable. »

Edith & Emmanuella Raynaud
« Par exemple quand il y avait des gens qui venait chez maman et papa on avait pas le droit de s’asseoir avec eux. Un coup de regard de mon père et on savait qu’on était pas à notre place. Un regard et en route. On avait peur.
Moi j’ai pris les mêmes manières que mon père et ma mère m’ont enseigné. J’étais sévère avec mes enfants. Pareil. Je leur ai donné la même éducation.
Et là maintenant quand mes petits-enfants arrivent, mi tombe complice avec mon petits-enfants. Il me racontent des choses, je ne fais pas la même chose qu’avec mes enfants.
C’est une autre éducation. »

Moitsou & Fatima Madiboina (au centre)
Fatima : « On se plaît ici, franchement c’est un quartier très calme, c’est rare qu’il y a des embrouilles. »
Moitsou : « Je trouve dommage qu’il n’y ai pas de terrain dans le quartier. Moi quand j’étais petite je voulais faire de l’athlétisme ou du basket mais y avait pas ça ici et comme mes parents n’ont pas de voiture, je ne pouvais pas partir pour faire les sport. Je ne pouvais faire que à l’école et c’est dommage. Du coup ce serait bien d’avoir un terrain où les enfants peuvent jouer, faire du sport parce que traîner, comme ça, c’est pas trop cool. »
Suite aux interviews, Léa Szkaradek du Labothéatre a animé un atelier théatre à la Maison de quartier de Condé, pour une dizaine d’enfants. Après une initiation par des jeux d’acteurs, Les enfants ont réinterprété les témoignages recueillis dans le quartier. ceci soulignant l’axe intergénérationnel du projet s’appuyant sur la transmission orale.






















